Vendredi 11 novembre 2011 , devant la tombe du libre penseur Claa

Il est temps d'en finir, il est temps de rendre justice, réhabilitez les fusillés pour l'exemple !

 

Amis, Citoyens, Compagnons,  Camarades,

La Fédération du Val-de-Marne de la Libre Pensée vous apporte le salut fraternel de la Fédération Nationale de la Libre Pensée et de la Fédération Nationale Laïque des Associations des Amis des Monuments Pacifistes, Républicains et Anticléricaux.

Fidèle à sa tradition pacifique internationaliste, la Libre Pensée continue d'œuvrer pour la réhabilitation des fusillés pour l'exemple au côté de la Ligue des droits de l'Homme, de l'ARAC, de l'Union pacifiste et du Mouvement de la Paix.

Ici, à Alfortville, sur le monument aux morts près de la mairie est gravé le nom d’Aristide Gauthier. C’est un fusillé pour l’exemple. Et c’est sur l’insistance de sa famille que l’on doit cette gravure. Sur ce monument est inscrit « Aux morts POUR la France ». Lui qui n’a toujours pas été réhabilité est mort le 2 juin 1915 PAR la France,  au motif « d’abandon de poste », il fut fusillé.

Quand on connait l’histoire de Julien Chapelant, fusillé sous la même accusation, on peut mesurer l’injustice de ce jugement :

En effet, le 7 octobre 1914, après sept jours et sept nuits de combats et de bombardements ininterrompus autour de Beuvraignes (Somme), il est capturé avec une poignée de survivants. Blessé à une jambe, il réussit cependant à s’échapper et à regagner les lignes françaises deux jours plus tard, dans un état d’épuisement, facile à imaginer. Pourtant, le lieutenant-colonel Didier, son chef de corps, le fait traduire devant un « conseil de guerre spécial » qui le condamne à mort pour « capitulation en rase campagne ». Le 10 octobre 1914, Chapelant est fusillé dans la cour du château des Loges, attaché à son brancard dressé contre un pommier. Il n’est toujours pas réhabilité.

 

A Fontenay-sous-Bois, à deux pas d’ici, en août 1914, un artilleur cantonné dans cette ville, un des créateurs de la chanson  « la Madelon », la fait reprendre par tout son régiment. C’est le départ du formidable succès de cette chanson. Sur les murs de l’école Jules Ferry est même apposée une plaque qui dit : « La Madelon est partie d’ici pour faire le tour du monde ».

Peut-être que, parmi ces soldats qui l’entonnèrent ce n’est plus son jupon qu’ils frôlèrent, comme dit la chanson, mais c’est le voile de la mort qui plus tard les recouvrit à Craonne : « Adieu la vie-Adieu l’amour » ! Leur tour du monde s’est arrêté là ! Dans le lot il y avait peut-être un de ces 3 jeunes originaires de Vincennes tués à  l’âge de 17 ans.

Ils ont peut-être échappé aux balles françaises, ligotés au poteau d’exécution  comme le réclama Joffre dès le 6 septembre 1914, je cite :

« Au moment où s’engage une bataille dont dépend le salut du pays, […] aucune défaillance ne peut être tolérée ». Joffre obtient que soient créés des conseils de guerre spéciaux qui ont tout pouvoir pour rendre des jugements sans appel et prononcer des condamnations à la peine de mort immédiatement exécutables.

La réhabilitation des fusillés pour l'exemple, c'est replacer le cœur de ces hommes au centre de la Cité. C'est les réinscrire comme citoyens au cœur de la République. Nous demandons à l'État de prendre ainsi ses responsabilités, et par la voix de sa plus haute autorité rendre la justice à ces hommes, à leur famille, à notre histoire.

 

C'est rendre justice à ces hommes, mais aussi aux autres soldats qui ont subi, vécu, participé malgré eux à la boucherie de 1914-1918. Nous pensons en particulier à cet habitant de Valenton , Julien Duranton, qui fit le récit de ses souvenirs de guerre.

« A peine avons-nous terminé notre marche de 47 km que nous faisons demi-tour et accomplissons, à nouveau, 45 KM.  C’était pénible ; les hommes tombaient de fatigue sur la route. Pour m’aider, j’utilisai un bâton. Après un repos forcé par la fatigue, nous avons reçu un ordre de repli : les Allemands avançaient.

De retour en Meurthe-et-Moselle, nous avons pris position à proximité des premières lignes et y sommes restés 18 mois ; c’était terrible à cause des bombardements. Nous n’avions aucune permission, les hommes étaient exténués. J’ai vécu à côté de morts, on mangeait à côté de morts, on était à tout instant exposé à la mort. »

Et cet autre habitant de Valenton : François Gouré, cheminot au PLM qui refusa en novembre 1915, lors de l’expédition d’orient, après avoir risqué maintes fois sa vie et vu nombre de ses camarades mourir  refusa de repartir en 1ère ligne poser des fils de fer barbelés et dit-il  « je fis bien car le sous-officier est tué ». Pour bien moins que ça d’autres furent fusillés.

La Libre Pensée est pour la liberté de conscience, un homme peut dire non, il doit être en droit de refuser de mourir, il a le droit de choisir de ne pas porter l'arme, de ne pas tuer son frère, de ne plus se taire devant l'infamie. Nous ne pouvons nous résoudre à faire de nos frères, de nos fils, de nos pères des exemples d'une morale belliqueuse. Il y a 650 fusillés pour l'exemplarité décrétée par des assassins assermentés, 65 bannis, humiliés, ostracisés.

Aujourd'hui, Monsieur le Président dans plus de 70 rassemblements à travers la France, nous vous demandons de prononcer la réhabilitation collective des fusillés pour l'exemple. Vous en avez le pouvoir, il est temps d'en finir, il est temps de rendre justice, réhabilitez les 650 fusillés pour l'exemple.

Reconnaissez à ces hommes le droit de n'avoir plus à supporter l'insupportable.

 

Amis, Citoyens, Compagnons,  Camarades,

C'est un combat que nous n'abandonnerons pas.

 Ainsi 11 Conseils généraux, 2 Conseils régionaux (Limousin et Corse)  ont déjà pris position pour la réhabilitation. L'action conjointe de la Libre Pensée, de l'ARAC, de la LDH, de l'Union pacifiste et du Mouvement de la Paix a permis ces prises de position, mais il nous faut l'achever. Nous attendons toujours une réponse du Conseil Général du Val-de-Marne.

 

 Le passé rejoint le présent

Aujourd'hui encore, 97 ans après les bombes tombent encore pour officiellement faire tomber des tyrans que les défenseurs d'un ordre nouveau ont mis en place, à qui ils ont vendu des armes. Les mêmes armes tuent les populations qu'il faut libérer. Les soldats continuent à tomber au nom de la croisade d'un capital à l'agonie.

Cent ans de régime de guerres, de destructions, de pillages. "Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage"  disait Jaurès.

Alors que faut-il attendre ? De voir tomber les pays dans des conflits armés les uns après les autres. La perte d'un triple A doit-il  la folie des hommes et le licenciement de milliers d'autres ? L'embrasement de la Grèce, de l'Espagne... à qui le tour ? Le doute et les incertitudes ne gouvernent pas le monde, seules la Raison et la Lumière ouvrent la voie de la concorde.

C'est pour cela que la Libre Pensée ; fidèle aux philosophes antiques, aux penseurs arabo-musulmans, aux poètes rebelles, aux Lumières, aux Républicains,  aux combattants de la liberté individuelle et collective ; mettra ses forces, engagera ses Fédérations départementales, les citoyens à construire la voie de la justice. Nous sommes inconditionnellement pour ces femmes, ces hommes qui se lèvent contre la guerre.  

Sur le monument aux morts, réputé pacifiste, de Noiseau, petite commune de notre département, cet aphorisme de Malraux est gravé : « L’espoir des hommes c’est leur raison de vivre et de mourir. »

Pour nous, aujourd’hui, notre raison de vivre c’est, entre autre, que ce monde qui porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage disparaisse et que nous puissions vivre assez longtemps pour participer à sa fin.

De la tonnelle de la chanson (sous la tonnelle on frôle son jupon) le raisin était peut être blanc comme celui célèbre, du petit vin de Nogent. Mais il est devenu rouge comme celui de la butte du même nom. Rouge comme celui du « sang des copains qui roulaient dans le ravin ».Autre chanson.

Laissons les derniers mots au refrain d’une chanson découverte dans le courrier d’un de ces malheureux,  le 2 juin 1917, par la commission de contrôle postal militaire:

« Allons Mesdames un bon mouvement  - Déclarez la révolution

À bas la guerre (bis)  - Votez plus pour les députés

Votez pour les pauvres mutilés - À bas la guerre (bis)

Ne croyez plus nos Généraux - Car c'est une bande de salops

À bas la guerre (bis) - Mais ils nous font monter là-haut

C'est pour nous faire crever la peau - A bas la guerre (bis) »

 

 

Amis, Citoyens, Compagnons, Camarades,

À bas la guerre !  À bas les fauteurs de guerre !  

Guerre à la guerre !

Pour que justice soit faite :

Réhabilitation des 650 fusillés pour l'exemple !

Ni en 2014, ni en 2017, ni en 2018 !

Tout de suite et maintenant !

 

Ni dieu, ni maître !

A bas la calotte

Et vive la sociale !

 

Je vous remercie